Le point sexo - Film "Oh Lucy" de Atsuko HIRAYANAGI

Parfois je me rends à des projections, soit au Club Cinéma de Vichy, soit dans des événements qui subliment le cinéma indépendant, festival du court métrage de Clermont-Ferrand, Festival Traces de vies etc.
J’aime ouvrir mon œil de sexologue à ce moment là, pour soulever une problématique à propos de la sexualité, qui apparaît dans le film, et y réfléchir ensemble !

Film : Oh Lucy de Atsuko HIRAYANAGI

Oh lucy !

Le choc des cultures

C’est un peu le problème dans la sexualité, ou comment l’amour nait de la relation sexuelle ?

Ce film soulève, à travers une vision américaine et japonaise, la manière dont la culture japonaise intègre une vision du sexe liée au sentiment.

Cet aspect très féminin du plaisir, qui serait alors légitimé par le fait d’être aimée pour se donner, est alors montré dans sa nudité la plus pure, celle de la femme en demande d’amour, celle de la femme qui ne se reconnait pas dans le groupe. Le groupe, dans la civilisation japonaise est cette cellule, qu’il s’agisse de la famille, de l’entreprise, du cercle tel qu’il est représenté sur le drapeau, le cercle rouge, qui rassure et condense au milieu, c’est ce refuge, cette pose de limites et de sécurité qui donne la contenance nécessaire à affronter le reste du monde.

Ici, deux sœurs s’affrontent, l’une est mariée, rangée, avec un emploi, un comportement tel que le groupe lui demande, une certaine conformité résignée et malheureuse.

Entre la rivalité féminine qui se joue et l’attirance pour casser les codes, dans ce Japon des contradictions, celui où rencontrer une femme déguisée en soubrette de type « hentaï » pour servir le café n’est pas rare mais où avoir un dialogue profond sur son malêtre et parler franchement est plus compliqué, on se retrouve face à nos propres contradictions.

Le raffinement japonais, que j’utilise volontiers lorsque je fais travailler les 5 sens, celui de la 5ème saveur, l’umami, celui des sessions de bondage, cache aussi une pudeur excessive dans une société qui pour se développer, va vers l’uniformisation des mœurs et des modes de pensées.

On apprend dans ce film que la fellation est une pratique normale et assez vite pratiquée alors que les « hugs », ces simples câlins entre les personnes, sans excitation ni sans acte sexuel ne sont pas autant admis, tout est alors question du placement de la sphère intime. Nos propres limites sont alors remises en question.

Les processus d’attachement se font, au niveau de notre hormonal, le cerveau reptilien, par le circuit de récompense, celui qui nous lie à notre plaisir, si une seule personne génère tous les plaisirs, alors elle est élevée au rang de la substance de récompense par nos circuits internes. On voit cette femme aux prises à un parfum, à une sensation avec cet homme qu’elle ne connaît à peine, parce qu’il est intervenu dans sa vie au moment où elle n’avait plus aucun plaisir.

Ainsi, le film met le doigt sur les différents modes de construction de la relation, et donne à avoir les visscitudes des enjeux de tout un chacun, qui souvent ne sont pas en corrélation l’un envers l’autre.
En effet, elle se vit selon une figure imposée, ce qui est très présent dans le film parce qu’une personne qui s’emploie à jouer des mots crus est toujours montrée du doigt et considérée comme déviante.
Aller voir des films hors blocs busters permet cette ouverture, celle du champ des possibles, la sortie de zone de confort.