2026-04-28
Sport & Sexe : le lien qu’on n’ose pas assumer
Sport et sexualité, ou comment le sport peut aider à l’épanouissement sexuel ?
Coreorgasm, cris explicites des joueuses de tennis, sueur, corps dénudés et dessinés, le sport n’est pas qu’une activité physique…
Se reconnecter à soi, construire et sculpter un corps pour plaire, mettent en jeu des mécanismes d’auto-excitation narcissique qui peuvent être un levier vers la confiance en soi, donc une sexualité plus entière et assumée. Sport refuge ou défense du soi, il devient au contraire menace de l’être lorsqu’il l’enferme dans l’angoisse de performance.
Écouter son corps et lui donner le moyen de dépenser les ressources d’énergie accumulées est un moyen de se le réapproprier.
Il s’agit alors d’en tirer tous les bénéfices sur la santé qui permettent l'obtention de plus amples plaisirs, par le travail notamment du périnée, et de la respiration.
Utilisé comme échappatoire, lieu de toutes les rivalités, ou tout simplement comme ressources à sensations, le sport reste l’occupation du temps majeure de 40 % des français (données INSERM).
S’il peut conduire à un certain plaisir, parfois au-delà des attentes, il peut également générer des dérives et des addictions.
Selon la somatopsychologue Claire Carrier, le néo-corps qui se crée en distanciation du ressenti douloureux psychique est en proie à une constante lutte pour maintenir une régularité contrainte par la volonté.
Confiance et estime de soi
Pourquoi votre partenaire tient à faire du sport à tout prix ?
Mais qu'aurait la salle de sport de plus que vous ? Est-ce le coach qui dit "est-ce que ça chauffe" ? Les corps sculptés, la plastique musclée, exhibée, de certains athlètes en sueur font-ils plus d'effet qu'on ne l’imagine ? Serait-ce la présence de phéromones attirantes ?
Mens sana em corpore sano
Première excuse à la pratique outrancière : c’est bon pour la santé.
Les vertus de l'exercice sur la santé ne font plus de doute : Hippocrate, Socrate, Pilâtes et nombre de philosophes, humanistes, médecins le confirment depuis des siècles.
La médecine et les campagnes de santé publique incitent à bouger, mais attention à l’excès.
La pratique du sport représente parfois le besoin de se déculpabiliser d’excès dans d'autres domaines et se substitue à l’épreuve de l'affrontement de ses démons.
Le corps en mouvement et la concentration des mouvements, sur leur ressenti, devient un moyen de ne plus écouter les pensées et les tortures de l'esprit pendant un instant.
Les arts martiaux, le tao, et les pratiques méditatives renforcent ce sentiment. Néanmoins, comme toute pratique, l'aspect fuyant est intéressant à relever.
La méditation orgasmique ainsi que les pratiques ancestrales taoïstes de retenue des fluides sont autant de « substitutions » ou sublimations à la sexualité pour certains pratiquants, selon l'INSERM.
Ainsi, un homme ayant réussi à exprimer toute sa virilité à la boxe, au karaté, ou dans tout autre sport va parfois, selon les études sport santé de la FFEPGV, connaître une baisse hormonale et une baisse d’investissement énergétique de sa libido au moment venu s’il n’est pas à nouveau stimulé ou ouvert à cette sollicitation.
Les médias ne manquent pas de relayer le "feeling good" lié au sport comme l'ingrédient magique de la résolution de tous nos problèmes.
On sent bien que des personnes "s'y mettent" pour "leur bien", par mimétisme, d'où cet engouement collectif parfois irraisonné.
Le concept de bonne santé
Impératif sociétal, norme valorisée, enjeu inhibiteur sexuel
Mettre un point d'honneur à rester en bonne santé devient synonyme de bonheur. Une tendance telle s’avère néanmoins parfois culpabilisante pour les personnes malades, tout comme pour les personnes en surpoids à qui l’on vend le sport comme remède miracle.
Anthropologiquement, la légitimité sexuelle se base sur la sélection naturelle, sur la bonne santé intrinsèque des individus, mais non sur l’apparente bonne santé.
Ainsi, les inconscients construisent leur propre exigence suite à des codes sociétaux de santé externe, tout comme Bourdieu parle de « signes extérieurs de richesse ».
Il s'agit de ne pas confondre "bonne santé" et bonheur, et par là même bonne santé et bonne sexualité, car au fond il n'existe pas de bonne sexualité, ni de bonne santé, mais bel et bien une santé suffisante pour survivre, et une sexualité suffisamment épanouissante pour ressentir les bénéfices sur le corps et l'esprit.
Selon Carl Cederström et André Spicer, le syndrome du bien-être est bel et bien présent dans notre contexte social, à cause de cette injonction du bonheur affiché et presque obligé.
On nous sert la nécessité d’une sexualité épanouie, l’injonction normative de l’orgasme, ce qui, comme dans le sport, renforce l’angoisse de performance et l’envie de se sentir « normal ».
En philosophie, Tocqueville nous inciterait alors à vivre en réalité une souffrance plutôt qu'un bonheur illusoire, il s’agirait alors d’accepter son corps tel qu’il est, avec ses défauts plutôt que d’être dans la volonté permanente de le modifier.
Tout cela dire que "c'est bon pour la santé" reste une excuse, une phrase pour s'auto convaincre qu'il s'agit de la bonne conduite pour soi, car avouer qu'on en a envie reviendrait à avouer ce besoin de contrôler son corps, de ressentir l'effort, et tous les enjeux inconscients qui y sont liés.
Par ailleurs, certains aspects extravertis sont observés chez les sportifs de haut niveau : exhibitionnisme, besoin de satisfaction immédiate, angoisse de performance, personnalités dans le défi, fort investissement narcissique accompagné d’une stabilité émotionnelle.
Le critère « sportif » sur les sites de rencontre amène à penser que cela importe dans la sélection du partenaire sexuel, consciemment ou non.
Séduction et contorsions
Transformer son corps, plaire, parader, se plier à l’autre désiré
Sport zen, violent, ou sport de haut niveau : le résultat sur le corps d'une pratique régulière se voit, se constate et s'accompagne souvent de fierté.
Wacquant parle du sport comme « objet social mineur », régissant les échanges entre les sexes.
Serait-ce réponse à ce besoin de séduction sociétal où montrer un corps normé, parfait, émoustillait déjà les éphèbes au Vème siècle ?
On s'auto-séduit alors. Il est constaté que les sportifs ont une pratique masturbatoire plus fréquente lorsqu'ils sont coupés de leurs sensations psychiques.
Le narcissisme primaire pousse à aller encore plus loin dans l’exercice.
Les performances sportives font appel à cet aspect de performance qui fascine l’enfant en nous.
La satisfaction de soi devient sexuelle et nourrit le désir.
Pourquoi ? Parce que le système limbique effort/récompense est sollicité.
Besoin de contrôle
Là où lâcher prise fait peur, la tension volontaire rassure
Nous sommes excités dès le développement psychosexuel par le fait de contrôler.
Les muscles périnéaux jouent un rôle central : ils régissent l’anus, le sphincter, l’urètre et le vagin.
Chez l’homme, les contractions stimulent la prostate et l’anus.
Le besoin de contrôle est très présent dans nos sociétés.
Se sculpter, se modeler, peut se comparer au contrôle sexuel de ses flux.
L’exercice taoïste du cerf montre que se contrôler permet d'accéder à une harmonie sexuelle plus profonde.
Les sports les plus sollicitant ces muscles sont :
- gymnastique (CAF : cuisses, abdos, fessiers)
- pilates et yoga
- gymnastique sportive
- haltérophilie
- course / randonnée
- cyclisme
- natation synchronisée
- athlétisme
Ces pratiques peuvent provoquer le coreorgasm, un orgasme lié à l’exercice.
Le paradoxe est que cet orgasme reste souvent inconscient.
Le fait de savoir ce qui va arriver rassure, et renforce l’image de soi.
Chez les culturistes, une forte préoccupation pour l’apparence physique est notable.
Being a « legend »
Entrer dans l’agora des meilleurs, fantasme sexué
Les programmes sportifs empruntent des noms mythologiques.
Cela renforce l’idée d’accéder à un idéal.
Claire Carrier évoque une mythologie des androgynes.
Les standards sexuels évoluent avec les pratiques sociales.
Les pratiques libertines et sportives intensives coexistent souvent.
Voyeurisme / exhibitionnisme
Regarder, observer, admirer les corps en sueur
Le sport peut générer du voyeurisme : admiration des performances des autres.
Les spectateurs vivent les sensations par procuration.
Les sportifs adoptent aussi un comportement exhibitionniste.
Sensorialité
Éveil des sens
La peau est le plus grand organe sexuel.
Pendant l’effort, frissons, sensations intenses apparaissent.
Le sport active une dualité :
- dur / mou
- actif / passif
- yin / yang
L’activité sportive peut créer une sensation de fusion avec soi-même.
Ce sont les hormones !!
Envie de sport et pratique sont sexuels
L’ocytocine et les endorphines sont libérées comme dans l’activité sexuelle.
La dépense énergétique est comparable.
Les phéromones liées à la sueur favorisent l’attraction.
En France :
- 43 % des hommes vont en salle
- 37 % des femmes
Alors, à vos baskets !!
Elodie Vincent